La préparation physique, on la connaît — planification, séances, récupération. Mais la préparation mentale ? C’est souvent ce qui fait la différence entre une performance où l’on se surprend et une journée où tout semble « coincer ». Pour une course importante, j’ai développé au fil des années un ensemble de rituels et d’outils mentaux que j’applique systématiquement. Ici je partage ce qui marche pour moi et pour les athlètes que j’accompagne : rituels concrets, exercices de visualisation, stratégies pour gérer le stress et rester présent le jour J.
Créer un rituel de course : la structure rassurante
Un rituel, c’est une succession d’actions simples et répétées qui signalent au cerveau « c’est le moment ». Avant une course importante, je structure mes journées autour de routines fixes. Elles m’apportent stabilité et confiance.
- La veille : vérification du matériel (chaussures, dossard, montre GPS, gel, veste coupe-vent), préparation du sac de course et mise en place d’une tenue complète pour éviter le stress matinal.
- Le dîner : repas familier, riche en glucides complexes, pas d’expérimentation. Pour moi: pâtes complètes, légumes cuits, un filet d’huile d’olive, et une portion raisonnable de protéines maigres.
- La soirée : rituels de relaxation — bain tiède, lecture légère ou 20 minutes de stretching doux. Je limite les écrans une heure avant le coucher.
- Le matin : petit-déjeuner identique aux entraînements longs, un rituel d’échauffement mental (respiration + 5 minutes de visualisation), puis transport calme vers la ligne de départ.
Visualisation : comment je la pratique
La visualisation n’est pas de la magie : c’est de l’entraînement du cerveau. Je la pratique en séances courtes et régulières, pas seulement le jour de la course.
- Quand : 5–15 minutes après un réveil, ou juste avant l’échauffement. Je l’intègre 2–3 fois la semaine précédant la course et chaque matin la semaine J-1/J.
- Comment : je ferme les yeux, je respire profondément, puis je parcours mentalement la course. Je visualise les portions techniques, les changements de rythme, les ravitaillements et même les imprévus (vent, côtes, foule). Je me vois gérer calmement chaque situation et prendre les bonnes décisions.
- Les sens : j’inclus des détails sensoriels : le bruit des pas, l’odeur de l’air, la sensation des chaussures, la cadence. Plus la scène est riche, plus l’effet est puissant.
- Scénarios spécifiques : je répète des séquences de dépassement, des relances sur une côte, ou des phases de résistance en fin de course. Je me vois rester fluide et efficace, même quand la fatigue monte.
Techniques de respiration et ancrage pour calmer le stress
Le stress active le corps et la tête. Pour l’atténuer rapidement, j’utilise des techniques simples que j’applique même sur la ligne de départ :
- Respiration 4-4-6 : inspirer 4 secondes, retenir 4 secondes, expirer 6 secondes. Trois cycles suffisent souvent pour abaisser le rythme cardiaque.
- Ancrage physique : frotter un point précis de la montre ou ajuster mes lacets d’une manière ritualisée pour ramener mon attention au présent.
- Micro-méditations : 60 secondes de pleine conscience : observation des sensations corporelles sans jugement. Utile avant de rentrer dans le sas de départ.
Auto-paroles et cadrage cognitif
Ce que l’on se dit compte. J’apprends à formuler des phrases courtes, positives et actionnables :
- Remplacez « Ne pas craquer » par « Rester fluide ».
- Transformez « J’ai peur d’échouer » en « Je vais donner mon effort le plus intelligent ».
- Utilisez des mots concrets : « Cadence 170–180 », « posture relâchée », « appuis rapides ». Les instructions techniques réduisent l’intensité émotionnelle.
Préparer les imprévus — plan A, B et C
Un élément clé de la sérénité mentale : anticiper les aléas. J’élabore toujours des plans alternatifs :
- Plan A : la course selon la tactique prévue (allure, repères, segments).
- Plan B : si les sensations sont mauvaises : objectif de gestion (tenir une allure légèrement plus lente, viser des segments intermédiaires).
- Plan C : en cas de problème technique (crevaison à vélo, perte de chaussure) : ce que je fais immédiatement pour ne pas paniquer.
Ce travail d’anticipation réduit le stress car il réduit l’incertitude : vous avez déjà réfléchi à une réponse, donc vous pouvez agir vite et calmement.
Routine d’échauffement mental et physique
L’échauffement est aussi mental. Voici ma séquence type 30–40 minutes avant le départ :
- 10–15 min d’échauffement physique progressif (jogging léger, montées de genoux, gammes).
- 5 min d’exercices d’activation spécifiques (foulées rapides, accélérations courtes) pour réveiller le système nerveux.
- 2–5 min de respiration contrôlée et de visualisation d’une minute : image d’une portion clé réussie.
- Dernier rappel tactique : mots-clés de la course (rythme, repères de consommation, points de relais).
Le rôle du sommeil et de la routine la semaine précédant la course
Je ne sacrifie pas le sommeil pour « gratter » des entraînements. La qualité du sommeil est un pilier mental : moins de fatigue cognitive = moins d’émotions incontrôlées.
- Priorisez 7–9 heures régulières la semaine précédant l’épreuve.
- Réduisez la charge d’entraînement lors de la phase de taper pour permettre au corps et au cerveau de récupérer.
- Gardez des horaires de repas stables pour stabiliser l’énergie et éviter les variations d’humeur.
Checklist pratique (ma checklist que j’imprime parfois)
| Élément | Statut |
|---|---|
| Chaussures (nettoyées, lacets OK) | |
| Dossard + épingles/bandelette | |
| Montre GPS chargée | |
| Gels/boissons + plan de prise | |
| Vêtements adaptés (vent/pluie) | |
| Plan A/B/C mental noté |
Derniers conseils pratiques
Je vous encourage à tester ces rituels pendant vos entraînements : la répétition conditionne l’efficacité. Évitez d’expérimenter le jour de la course (alimentaire, matériel, stratégie mentale). Utiliser sa montre GPS (Garmin, Polar, Coros) comme simple repère plutôt que comme autorité absolue m’aide : je lève parfois les yeux, je juge mes sensations. Enfin, acceptez l’émotion : le trac est une énergie utilisable. Le transformer en excitation plutôt qu’en peur change tout.
Si vous voulez, je peux partager un script de visualisation de 10 minutes que j’utilise ou une version courte à 3 minutes pour la veille et le matin du départ — dites-moi laquelle vous préférez et je l’adapte à votre discipline (route, trail, triathlon).